Les mains de Ginette

Scénariste : Olivier Ka

Dessinateur – Coloriste : Marion Duclos

Edition : Delcourt      

Date de sortie : Mars 2021

Ce n’est pas l’histoire d’un petit cordonnier. C’est celle d’un jeune droguiste, Marcelin, le roi du gant dans tous ses états. Il déclinait sa passion sur un mur d’adoration non pas des lamentations, mais voué aux gants de toutes les sortes. Il protégeait les jolies mains des ménagères de ce petit village perdu. Elles accouraient toutes pour profiter de son savoir-faire et minauder un peu sans doute. La vie s’écoulait ainsi, d’un gant à l’autre, pour le bonheur de tous. Un jour, Marcelin découvre les mains parfaites, les plus magnifiques de toutes. Elles sont si jolies que son cœur en chavire de joie. Les mains de Ginette, c’est le coup de main, le coup de foudre ! C’est le mariage en gants blancs. Le petit bonheur grandit, s’installe au cœur de la droguerie. Il oublie les copains pour les doigts délicats de sa bien-aimée. Le temps passe et sa passion ne faiblit pas. Il passe toujours son temps à soigner les jolies mains des villageoises. Ginette ne le voit pas d’un bon œil. La jalousie sournoise, perverse, s’invite dans le petit couple. Elle fait son nid et grandit jusqu’au drame final. Voilà pourquoi, au village sans prétention, en un tour de main, la Ginette est maudite.

 

Cette histoire ressemble à un conte moderne, comme souvent chez Olivier Ka. Il prend forme et vie sous les doigts, le crayon léger et expressif de Marion Duclos. Une de fois de plus c’est une façon de nous parler de l’autre et de l’amour inconditionnel, sans prendre de gants ! Derrière la main se cache tout un symbole que l’on retrouve dans cette histoire. Elle représente notre capacité à prendre, donner, recevoir, exprimer la communication et bien d’autres choses. Nous retrouvons toutes ces thématiques dans ce conte de Marcelin amoureux de la belle Ginette. Comment peu à peu cette passion se transforme et ronge le cœur sous le poids de trop d’exigences. À force de donner sans recevoir que de la rancœur et des soucis, notre héros finira par s’envoler pour ne pas mourir. Derrière le rire, le sourire en demi-tons, se cache une vive douleur de l’âme que développe Olivier Ka. C’est toujours avec beaucoup d’humanisme, à travers ses personnages, que l’auteur nous entraine dans la lutte du bien et du mal en passant souvent par la différence. Dans cette histoire, il nous prend par la main pour nous raconter le petit bonheur ordinaire d’un jeune homme, Marcelin. Il y a chez notre héros la bienveillance, l’humanisme de son créateur, loin de la misanthropie. C’est entre ces deux extrêmes que le récit nous dévoile comment un amoureux fou finit par se laisser conquérir par l’objet de sa dévotion. Marcelin choisit de tout quitter avant de sombrer dans la folie. Ginette n’est rien sans son amoureux et il est bien trop tard quand elle s’en rend compte. C’est le bonheur d’un couple, d’un village qui, sous le vent de la jalousie, devient tornade destructrice. Sous la plume de Ka, c’est une petite brise douce et poétique qui s’achève en vent sauvage. Les mots prennent les couleurs du bonheur sans jamais se couvrir de haine ni de violence. Nous n’en voulons pas à Ginette, le personnage le plus négatif. On comprend que sa jalousie l’emporte et l’aveugle, devenant mauvaise conseillère. Marion Duclos épure son dessin dans des cases souvent sans fond où se détachent les personnages dans leurs gestes futiles pour saisir le sens de la vie. Du sourire au regard mauvais, c’est avec délicatesse qu’elle leur apporte sa touche aux couleurs vives pour une histoire bien plus sombre. Les mains de Ginette est un incontournable à classer en bonne place dans nos BDthèques.

Patrick Van Langhenhoven