Colt et Pepper        

 Titre : Pandémonium Paragusa

Scénariste : Darko Macan    

Dessinateur : Igor Kordey

Coloriste : Anubis

Edition : Delcourt
Date de sortie : Janvier 2020

L’Amérique du XVIIe siècle bascule dans un autre univers ignorant la guerre d’indépendance. La magie envahit le monde des cités et de la nature. On côtoie magiciens et créatures d’un bestiaire imaginaire, Licorne, Nécromancien, Magicien, Chat humain, et de nombreux autres inconnus. Un beau matinl’Amérique se retrouve dans cette nouvelle probabilité.
Qu’importe pour Salomon
Culpepper, trop jeune à l’époque pour s’en soucier. Aujourd’hui, l’heure de la retraire a sonné, il ne sera bientôt plus le capitaine de la garde de Paragusa. Il lui restera les souvenirs des batailles tumultueuses d’une carrière bien remplie. Il ne souhaite que concrétiser son rêve, un petit vignoble et quelques esclaves pour vivre heureux. Hélas, son neveu Colt est au cœur d’une rébellion etl’assassinat du Duc Domitian les entraine dans une fuite sans retour. C’est ainsi qu’il se retrouve chez son vieux complice, Barth le Rouge, à un festival du vin et au pays des morts.
Ils finiront par revenir à Paragusa, car l’heure est grave et Ossus le nécromancien attend son heure dans l’ombre. Notre fougueux capitaine et son neveu
, effet du hasard ou ducomplot, ont encore un rôle à jouer dans cette affaire.

Après Marshal Bass, les deux complices hantent de nouveau l’Amérique qui a bien changé. C’est d’abord un monde imaginaire particulier aux formes multiples, puisé dans le bestiaire des légendes du vieux continent. Pour l’histoire et ses personnages, on pense au Capitaine Alatriste, les Pardaillan, Solomon Kane, du panache encore du panache !
L’aventure est au rendez-vous d
e la première à la dernière page. Du marché multicolore aux étals variés jusqu’aux forêts gardées par un cyclope, lieu de passage entre les vivants et les morts, Darko Macan s’écarte des sentiers habituels de la fantasy pour proposer un nouvel univers. C’est au sol qu’il faut fouiner dans les cases d’Igor Kordey pour des détails surprenants. Le ciel reste bleu avec quelques nuages contrastant avec la richesse du dessin. C’est un univers ténébreux aux ruelles sombres, aux forêts brumeuses.
Igor Kordey prend plaisir
, sans aucun doute, à la création d’un bestiaire oscillant du chatvampire à la licorne. Les ambiances nous emportent au cœur d’un marché de l’époque avec ses échoppes diverses, au cœur du palais, dans une taverne au vin capiteux, dans les ruelles du port et dans une forêt au cœur du brouillard. À chaque fois, le dessin envahit chaque case, souvent en pleine page comme l’ouverture du récit, magnifique.
Il oscille entre contes, Barth le Rouge, aventure et rébellion au début, mystère et magie en fin de récit. La dernière séquence est un voyage au pays des morts. Il renoue avec les mythes antiques avec son cyclope Janus, siamois. Il faut lui conter une bonne blague ou verser une larme pour passer. Les couleurs nous ramènent à la terre,aux nuits profondes des bois et des forêts. J’imagine, avec le choix de l’époque, le combat de la magie et du monde commun, une métaphore des guerres de religion et de l’univers élisabéthain. C’est une histoire riche en symboles et références, annonçant une grande saga.

Patrick Van Langhenhoven