«Je recherche toujours le cadre qui me semble le plus intense et pour y parvenir je vais puiser dans le cinéma qui me sert de nourriture».

Le 13 juin 2022 avait lieu le vernissage de l’expo « Masculin/ Féminin» par Fabio Purino.

Une dizaine de tableaux étaient exposés dans ce nouveau lieu, la galerie Victoria située au 15 Bis rue de la Primatiale à Nancy. Au programme, dialogue continu entre cinéma et peinture, Mariage audacieux et rafraîchissant de couleurs, amour, sensualité et passion pudique.

Une exposition qui a vu le jour grâce à «une impulsion extérieure et l’accompagnement bienveillant de quelques amis».

Fabio c’est votre première exposition, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer ?

FP :

Je fais des illustrations depuis plus de 40 ans. Mais il y’a 2 ans, un certain Étienne Lux président de l’association Nancyphile après avoir vu mes dessins m’a proposé d’exposer à l’occasion de la Saint-Valentin. La première année je n’étais pas prêt, je me demandais ce que j’avais à dire. La deuxième année j’avais avancé dans mon travail, mais avec les conditions sanitaires compliquées, nous avons décidé d’annuler. Mais le coup était parti. Dans une discussion avec un ami, il m’a dit qu’il avait un nouveau local bien situé qu’il pouvait me mettre à disposition. Il se trouve que le lieu en terme d’espace et de situation géographique me convenait, donc j’ai continué à travailler en vue d’une expo.

Finalement la réalisation de cette expo c’est un peu l’histoire d’un parcours initié par une personne et que j’ai poursuivi.

Lorsqu’on regarde vos tableaux, ce sont les couleurs qui nous interpellent tout de suite. Elles sont vives et chaudes. Comment les travaillez-vous ?

FP :

J’aime bien les oppositions. Il y’a quelque chose d’intéressant dans le fait de confronter des couleurs qui peut-être ne fonctionneraient pas ensemble. Je travaille essentiellement sur trois gammes : les rouges, les bleus et les verts. Même si cela n’est pas nouveau, ce qui m’y pousse c’est qu’au départ j’ai une inspiration qui est la filmographie en noir et blanc, notamment la nouvelle vague et le néo-réalisme italien dont les affiches étaient très colorées. Donc ce qui m’intéresse c’est vraiment comment les affichistes des années 50/60 réinterprétaient les films à travers leurs affiches.

Le cinéma a une place très importante dans vos tableaux. En quoi est-ce important pour vous de faire dialoguer cinéma et peinture ?

Déja cela me rend heureux. Je trouve qu’il y’a quelque chose de très inventif dans le cinéma et moi ma volonté est de réinterpréter cela à travers ma peinture. Et puis lorsque je regardais le cinéma à l’époque, j’avais envie de faire quelques chose sans en avoir forcément la possibilité. Maintenant j’ai la possibilité de me rappeler des émotions que j’avais en regardant certains films et d’en faire quelque chose . En fait ma peinture est un peu nostalgique.

Ensuite le cinéma me donne des idées de placement de personnages. En réalisant certains tableaux par exemple, j’avais en tête des cadres de films, notamment ceux d’Antonioni. Ce sont des cadres qui sont toujours en mouvement, et quel que soit le plan où on s’arrête c’est toujours très beau. Je recherche toujours le cadre qui me semble le plus intense et pour y parvenir je vais puiser dans le cinéma qui me sert de nourriture.

Le rouge lui va si bien

En dehors du cinéma quels sont les thèmes que vous aimez mobiliser ?

FP :

Moi j’avais envie de dire quelque chose à travers mes tableaux, sinon ce n’était pas la peine de peindre. Alors même si je ne sais pas toujours ce qu’ils disent, la chose se construit. On me dit souvent qu’il y’a quelques chose de romantique dans mes tableaux, de la sensualité aussi, et peut-être un peu d’érotisme. Mais un érotisme qui n’est pas actuel et qui est rendu discret par le choix des couleurs.

Au départ je réalisais des toiles dans le but d’exposer à la Saint Valentin, d’où cette idée de titre « Masculin/féminin » qui vient d’un film de Godard. Cette série par exemple raconte la passion, la rencontre, la différence, la distance, la solitude.

L’instant fragile

On a évoqué tout à l’heure le lien entre cinéma et peinture à travers les affiches. Mais pour vous en quoi les dialogues sont-ils également importants au cinéma ? Notamment dans un film comme Masculin Féminin de Godard

FP :

Concernant ce film, je l’avais vu il y’a très longtemps et Je n’en n’avais plus un grand souvenir. Mais je me le suis regardé à nouveau récemment et j’ai beaucoup apprécié, notamment le côté décalage quand les acteurs parlent. Les dialogues dans ce film sont souvent monocordes et les répliques y sont prononcées sans être surjouées. Je trouve qu’il y’a quelque chose à la fois de tellement frais et de tellement sombre qui n’est jamais laissé par hasard. Donc je me suis dit que j’allais essayer de faire comme Godard en glissant des mots sur les tableaux. Et ici également, rien n’est jamais fait au hasard.

Moi j’y ai cru

Fabio vous avez une activité professionnelle et vous faites plutôt de la peinture par pur plaisir. Comment vous définissez-vous?

FP :

Je n’aime pas beaucoup le mot artiste car je le trouve trop galvaudé. Je suis un illustrateur qui crée des tableaux. Disons que j’essaie de mettre en forme. Par ailleurs je constate que pour certaines personnes être artiste est synonyme de ne pas avoir les pieds sur terre, ce qui me gêne souvent. S’il y’a des gens qui plus que d’autres ont les pieds sur terre ce sont ceux qui interprètent la réalité.

Cette première expo est un véritable succès. Jusqu’à quand le public peut-il venir la voir?

FP :

L’expo se terminait normalement le 22 mai. Mais à partir du 19 on va rouvrir et proposer quelques nouvelles toiles jusqu’au début du mois de Juillet.

Et après cette première expérience peut-on espérer d’autres rendez-vous ?

FP :

Au mois d’octobre j’expose une série de miniatures au restaurant « O’Pères Peinards «  ( 17 rue du Pont Mouja). Et à priori en novembre j’expose une nouvelle série à la galerie « La cour des Arts », Saint Dié des Vosges, sur invitation du galeriste et artiste  Julien Cuny.

 

Entretien mené par Sarah GIORIA NDENGUE