“ ADELPHE ”

 

ISABELLE FLATEN 

 

Adelphe, un délice de petit bijou littéraire. 

Un roman tout en Poésie, … humaniste. 

Le lecteur sera captivé par les sujets du livre. 

Vous aiguisez avec finesse vos émotions…

 

(Photo : Onja RASAMOELA et Isabelle FLATEN) 

Lors de la remise du prix ERCKMANN CHATRIAN « GONCOURT LORRAIN » 2019  à Remiremont 

L’équipe de Lumières en Arts a rencontré l’auteure ISABELLE FLATEN  

ISABELLE FLATEN a évoqué lors d’un entretien passionnant pour les lecteurs du Magazine Lumières en Arts son ouvrage “ ADELPHE ”.

Comment avez-vous ressenti la cérémonie de remise du prix ERCKMANN CHATRIAN et le choix des ouvrages sélectionnés? 

Ce que je peux vous dire, c’est que, déjà, comme vous y avez assisté, vous avez vu à quel point ça m’a procuré une vive émotion. Je n’ai pas réussi à aligner deux mots. Mais voilà et c’est comme ça! Ce prix était une grande grande joie et je le répète : je ne m’y attendais absolument pas. Parce que, pour moi, c’était quelque chose d’inaccessible, presque je dirais… 

Je suis une grande lectrice, j’avais lu nombre de mes prédécesseurs: lu et admiré, et c’était très impressionnant parce que j’aime beaucoup ce que fait Hélène Gestern. On ne parle pas de Nicolas Mathieu évidemment et de Fabienne Jacob. Alors ce que je dis aussi, ça c’est vrai, en aucun cas je n’écris absolument pas pour avoir un prix.  Ce n’est pas un but, mais quand cela arrive , étrangement ça vous confère une sorte de légitimité en tant qu’écrivain. 

Pour quelle raison avoir choisi comme titre Adelphe? 

Au départ, Adelphe était un titre de travail, l’intitulé du fichier contenant le roman en cours  d’écriture. A l’heure du choix, mon éditeur, Benoît Virot, et moi avons agité nos méninges  dans l’espoir de faire surgir le titre parfait. Après de nombreux échanges, nous avons décidé  de conserver Adelphe tout simplement.  

Quand vous réfléchissez à un projet d’écriture, comment cela se passe t-il alors pour le choix d’un thème, d’un sujet et d’un point de départ ? 

Un tel livre généralement, ça part d’un rien. Cela pouvait être une toute petite idée ou je ne sais pas une image d’un personnage. Et quand je commence à écrire , je ne sais pas où je vais… Je n’ai pas de « scénario officiel » avant.  Alors, parfois ça peut être un thème, je me dis tiens, ça m’ intéresserait d’explorer ce thème là, et puis voilà… 

Une fois que j’ai la première phrase, ça y est… je peux commencer. Puisque, la première phrase c’est ce qui va me donner, je dirais le ton du récit, l’inscrire dans son contexte. 

Vous semble-t-il pertinent de dire que vous tentez une focalisation sur le regard porté par les hommes sur les femmes dont il ne semble pas comprendre leurs désirs et leurs revendications? 

Mon intention première était de restituer les carcans moraux et sociétaux d’une époque afin de  prendre la mesure du chemin parcouru. Ce récit débute en 1920, un temps où l’émancipation des  femmes en est à ses balbutiements et si ce texte rend hommage aux pionnières de cette lutte, c’est  avant tout la question de l’affranchissement par rapport à la norme qui m’a intéressée. J’ai de  l’admiration pour les audacieux et audacieuses qui osent faire un pas de côté sans se soucier des  convenances et dans ce domaine, hommes et femmes sont à égalité. Adelphe, en homme de son  temps et en raison de son histoire personnelle- il a grandi sans mère ni sœur- portait, jusqu’à ce  qu’elles le bousculent, un regard aveugle sur les femmes. Il était loin d’imaginer les frustrations de  celles qui, cantonnées dans leur foyer avec la maternité pour seul horizon, rêvaient de liberté d’être et d’agir. Entouré de frondeuses, il ouvrira peu à peu les yeux, découvrira son propre enfermement et s’émancipera à leurs côtés.

Le récit semble ancrer une réflexion qui résonne avec l’actualité à propos de la condition féminine. L’évocation des minorités ou des migrants aurait-elle pu aussi vous intéresser? 

Oui toutes formes d’exclusion méritent qu’on y prête attention et qu’on les combatte mais en tant  qu’auteure, je me pose toujours la question de ma légitimité à aborder tel ou tel sujet. Il m’est  nécessaire de savoir d’où je parle avant de me lancer dans un travail d’écriture. Il y a des thèmes que je me contente d’évoquer en quelques lignes ici ou là dans un texte mais dont je ne m’empare pas tant ma parole me semblerait déplacée. Peut-être à tort. Mais il y a de nombreux auteurs qui en  parlent si bien, mieux que je pourrais le faire 

L’écriture enchanteresse subtile scintillante tout en finesse offre une lecture passionnante. Ce récit salvateur fait songer à une carte postale sépia renvoyant à un siècle ancien. 

Un roman percutant au ton juste. 

Partagez-vous notre point de vue à propos de votre roman féministe à la tonalité très actuelle lorsque nous disons qu’il fait l’éloge de la lecture et de la tolérance? 

Si j’ai choisi de faire de Nêne, d’Ernest Perochon ( Prix Goncourt 1920) le fil rouge de mon roman  c’est en effet une façon de rappeler que la littérature se nourrit de la littérature. Avant d’être une  auteure je suis une lectrice. J’habite dans les livres, c’est le lieu de la liberté, de la découverte et de la singularité. Ils me permettent d’aller à la rencontre « D’autres vies que la mienne » pour emprunter un titre d’Emmanuel Carrère, de croiser d’autres esprits que le mien, de m’en imprégner jusqu’à me fondre dans leur différence. Adelphe est un humaniste, un esprit curieux des autres et du monde, un homme qui sait que les vérités sont multiples et qu’en chacune d’entre elles il y a matière à apprentissage. 

À présent, êtes-vous encore plongée dans l’univers d’Adelphe ou la page est-elle un peu tournée ? Pensez-vous déjà à une autre idée de roman ? 

Il y a un livre qui est sorti en Septembre dernier qui s’appelle « Les deux mariages de Lenka » et un prochain à paraître en Janvier ( il est assez édifiant ). Le livre s’appelle « La folie de ma mère», il est terminé, on a corrigé les épreuves et on attend qu’il soit imprimé. 

Quelle est la part d’imaginaire et d’autobiographie dans Adelphe ? 

À chaque livre, je me lance un nouveau défi, le fond, la forme. Par exemple, Adelphe, c’était mon premier livre inscrit dans un contexte historique, toutefois ce n’est pas un livre historique. 

 Remontons dans le temps, présentez-nous votre parcours d’écrivain ? 

J’ai fais une entrée en littérature très tardive, à cinquante ans. C’est incroyablement tardif.  Je lis depuis toute petite, j’ai toujours écrit, mais sans jamais songer à en faire entre guillemets un métier.  

je suis une dévoreuse de livres. je lis quasiment tout ce qui sort en plus des classiques avec des auteurs très variés. 

Évoquez-nous l’esprit de votre style? 

Je ne suis pas une auteure bavarde mais j’aime aller à l’essentiel. On me dit maintenant qu’on reconnaît mon style, mais moi, je ne sais pas à quoi cela tient. 

 Le style change légèrement en fonction du propos. Pour chaque livre, on n’écrit pas de la même manière quand j’écris un roman comme Adelphe et lorsque j’ écris des micro-fictions.

Parmi les auteurs actuels, quelles sont vos préférences ? 

J’aime beaucoup les éditions VERDIER et là je viens de terminer PERMAFROST, j’ai adoré. J’ai beaucoup aimé Anne PAULY, toujours chez VERDIER. J’ai lu Deborah Levy, Camille Laurens et en ce moment je lis Mathias ENARD, la liste est tellement longue… 

En reportage Onja , Manitra RASAMOELA et Gilles GOSSEREZ à Remiremont au « GONCOURT LORRAIN» 2019