Acrobate à la boule

C’est ainsi que Pablo Ruiz Picasso s’affirme avec l’insolence de sa jeunesse peu après son arrivée à Paris à la fin de l’année 1900. Il n’a que 19 ans et demi !. Encore adolescent, il peint et dessine avec une maturité confondante. Mais il abandonne bientôt le classicisme trop scolaire pour lui pour une expression plus personnelle. Il découvre les aplats et cloisonnés des œuvres de Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec qui vont fortement influencer sa palette.

Au milieu de l’année 1901, le suicide de son grand ami, Carles Casagemas, le marquera profondément. Il réalise plusieurs portraits de son ami mort où l’on voit l’impact de la balle sur la tempe d’un visage peint en bleu. C’est là qu’apparaît le bleu dans ses toiles qui y sera présente pendant près de quatre ans. Cette couleur froide, blafarde, symbolisera pour lui, la mort. « C’est en pensant que Casagemas était mort que je me suis mis à peindre en bleu »  dira-t-il. Au cours de ces quatre années, il va aborder plusieurs thèmes de la vie quotidienne, l’amour (« Les étreintes »), la coiffure, la toilette, l’enfance qui lui inspire « L’enfant au pigeon » dont la douceur contraste avec les visages tourmentés de femmes miséreuses qu’il fixe sur la toile comme ceux des détenues de la prison de Saint Lazare, pour la plupart des prostituées atteintes de maladies vénériennes. Le monde des prostituées le fascine, il peindra ainsi « Les pierreuses au bar »ces femmes qui arpentent les trottoirs de Montmartre. La misère sociale l’interpelle, « Le repas de l’aveugle » dont la main cherche à tâtons le pichet d’eau dégage une émotion bouleversante. « La Célestine », une célèbre prostituée vieillissante de Barcelone, peinte en 1904, marquera la fin de cette période sombre. Le point culminant de la période bleue sera marqué par « La vie » , une toile où figurent un couple enlacé, on y reconnait Casagemas, et une femme drapée portant un enfant dans les bras, symbolisant l’amour charnel et l’amour maternel. Au-delà de cette interprétation immédiate, l’intérêt du tableau réside dans le fait qu’il pose mille questions sur le sens de cette allégorie, des questions qui ne trouvent hélas pas de réponse.

C’est en 1904 que le style de Picasso va se modifier avec les sujets abordés. Les difficultés financières s’éloignent, le rose et l’ocre apparaissent. Il peint ainsi ses amies ou son amie de cœur du moment, « Madeleine ». En 1905 il produit un étrange portrait en pied d’une adolescente nue qu’il intitule « Fillette au panier de fleurs ». A cette période, il s’intéresse au cirque, non pas aux flonflons et paillettes mais à l’envers du décor, aux artistes après l’effort, ce qui donnera la série des « Saltimbanques » et « L’acrobate à la boule » qui représente un jeune garçon, peint en bleu, s’exerçant à l’équilibre sur une boule en face d’un adulte massif, assis sur un cube, vu de dos, dont la musculature athlétique est  traduite en rose. Le bleu et le rose : marquent-ils le passage de l’angoissante incertitude à plus de sérénité ? Un séjour à Gosol, dans la province de Barcelone, va fortement influencer sa palette qui va migrer du rose à l’ocre. On lui doit le célèbre « Meneur de cheval nu » le meneur étant un jeune garçon qui conduit son cheval avec autorité, dans une posture majestueuse rappelant les sculptures antiques, où l’on peut déceler l’influence de la série des « Baigneurs » de Cézanne. Cette période dite rose prend fin en 1906, Picasso a 25 ans ! Elle annonce une nouvelle révolution stylistique du peintre qui produira en 1907 « Les demoiselles d’Avignon » considéré comme le premier tableau cubiste.

Dans sa rétrospective « Picasso bleu et rose » le musée d’Orsay expose pour la première fois plus de 300 chefs d’œuvre produits par Picasso entre 1900 et 1906. Certaines de ses toiles sont présentées pour la première fois en France. Nous en sortons éblouis par l’œuvre prolifique de ce jeune génie dont la palette se renouvelle sans cesse avec une maestria prodigieuse.

Christian de Rouffignac, rédacteur au magazine «  Lumières en arts ».

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