En avril 2021, Le magazine les Inrockuptibles publiait un article intitulé “Pourquoi Benjamin Epps est ce qu’il pouvait arriver de mieux au rap francophone en 2021”.   

À l’occasion de son concert à l’Autre Canal dans le cadre du Nancy Jazz Pulsations 2021, nous avons rencontré Eppsito. 

Benjamin, tu es né au Gabon, tu as grandi au Gabon, mais avec ton dernier projet “Fantôme avec chauffeur” tu es clairement en train de t’imposer dans le game français. Te considères-tu davantage comme un rappeur français, un rappeur gabonais, les deux, ou tu n’as pas envie de choisir ? 

BE : Les deux c’est très bien. J’ai déjà une proximité avec la France du fait que je parle français, donc rappeur franco-gabonais, gabonais-français, comme on veut. Les deux ça me va. En plus de cette façon je peux être en Afrique et ici en même temps.  

Pour toi dont le flow et l’empreinte sont bien identifiés, est-ce qu’en travaillant sur tes prochains projets tu te dis qu’ils finiront par s’imposer ou alors tu te sens prêt à faire un peu de “mapouka” (style de musique et de danse ouest-africains )

BE : On a tous une base. Certains ont été éduqués au “mapouka” pour reprendre un terme que j’utilise dans un de mes morceaux, d’autres ont été éduqués au jazz et/ou à la soul, ce qui fait que dans leur musique on peut sentir ces influences. Pour moi la musique c’est vraiment un état d’esprit. On fait un type de musique en fonction de l’état d’esprit dans lequel on se trouve. En ce qui me concerne, j’ai été éduqué avec toutes ces musiques-là, et de toutes ces influences-là, j’ai réussi à en retirer la quintessence, et je crois que c’est ce qui fait mon style.  

Est-ce que ça va évoluer vers autre chose ? J’espère ! Sinon ce serait embêtant de ne faire que la même chose. Après mon souci est surtout de faire évoluer ma musique vers quelque chose de mieux.

Puisqu’on parle de projet, ton dernier projet “fantôme avec chauffeur commence par un morceau intitulé “Notorious”, et dans lequel dès la première phrase tu dis être venu récupérer le trône. Dans un autre morceau “Plié en 5” tu envoies quelques piques à Nekfeu,Alpha, Sneazzy. Jusqu’où l’égotrip c’est important pour toi ? D’ailleurs as-tu eu des réponses des rappeurs que tu cites ? 

BE : Alors, on a des amis en commun, ils savent qui je suis, ce que je prône, ce que je fais comme musique. Quand moi je les cite ce ne sont pas des piques que j’envoie mais plutôt des clins d’œil, une façon de leur rendre hommage compte tenu de l’admiration que j’ai pour eux. Pour moi finalement le rap c’est une histoire de compétition. Certes je veux être le meilleur, mais ce n’est pas une histoire de guerre.  Je pense que la musique ça reste de la musique, c’est une passion. L’idée c’est de prendre du plaisir, d’être le meilleur sans pour autant nuire aux autres.

Pour revenir sur tes influences, tu évoquais tout à l’heure des genres musicaux comme le mapouka, le jazz, la soul. Concernant les artistes il y’a bien évidemment Notorious, Booba et aussi Westside Gunn dont on te parle beaucoup en interview. Justement est-ce que ça t’agace que l’on te compare trop souvent à lui ou alors est-ce que quelque part il y’a un peu de fierté ? 

BE :  C’est un mec que j’ai beaucoup écouté à une période et vu le pedigree du rappeur et tout ce qu’il a accompli, quelque part c’est un honneur. Mais qu’on résume ma musique à lui, ça peut être insultant, la comparaison est assez abusive je trouve.  Dans les prochains projets, j’espère que les gens entendront un peu moins de Westside Gunn et plus de Benjamin Epps. 

Benjamin, comme je le disais tout à l’heure ton dernier projet a cartonné, on te voit partout, tu fais beaucoup de scènes, quelles sont tes prochaines actus ?   

BE : C’est vrai qu’actuellement je fais pas mal de scènes. Là je suis en train de terminer la première partie de la tournée, et à partir du 05 novembre commence la deuxième partie de la tournée et j’aurai quelques dates avec le rappeur et DJ américain The Alchemist. Mais entre la fin de la première partie et le début de la deuxième partie de la tournée, je suis impatient de me poser pour me concentrer sur les quelques morceaux qu’il me reste encore à écrire pour le prochain projet. 

On parle de tournée et j’aimerais savoir ce qui a changé entre le moment où tu es monté sur scène pour la première fois et maintenant ? 

BE : Alors, la première fois j’appréhendais. Après à la base j’ai plutôt confiance en moi, et je me dis que si les gens se pointent à ton concert, ça veut dire qu’ils ont envie d’écouter ce que tu as à dire. Maintenant quand je monte sur scène j’ai surtout un petit stress mais je pense que c’est normal, c’est une émotion tout à fait humaine. Le plus important c’est qu’une fois sur scène, je prends beaucoup de plaisir. J’aime beaucoup le côté partage et chanter ses morceaux avec le public c’est un vrai kiff. 

Alors à quand de nouvelles chansons sur scène ? Le premier album d’Eppsito peut-être ?  

BE : Là je crois que je vais envoyer un troisième EP vers janvier février parce que j’ai besoin d’évacuer cette pression, mettre en musique les expériences que je suis en train de vivre. Pour le premier album, Je prends vraiment mon temps, donc ce serait bien qu’il sorte en 2023. 

On t’a vu aperçu dernièrement avec Damso et on t’a vu en studio avec Isha, est-ce qu’il y’a des choses qui se préparent en cuisine ?  

BE : Pour l’instant c’est un peu secret. Mais avec Isha on discute, c’est mon gars sûr, on a vraiment envie de travailler ensemble, faire le meilleur morceau possible ou alors faire un projet en commun. Il nous faut juste trouver le bon moment.   

Et Est-ce qu’il y’a un artiste avec lequel tu aimerais beaucoup faire un feat sur ton prochain projet ?  

BE : En ce moment je n’écoute pas beaucoup de rap, j’écoute plutôt de la soul, musique du monde, notamment Fatoumata Diawara, Selah Sue avec qui c’était un plaisir de collaborer, ou encore Jain dont j’ai beaucoup aimé le premier album. Il y’a vraiment un panel d’artistes francophones, franco-français avec lesquels il serait intéressant de collaborer mais je dirais que ce serait très bien un feat avec Prince Waly, en tout cas c’est le prochain que je mets dans ma liste.  

 

 ENTRETIEN MENÉ PAR SARAH GIORIA NDENGUE