Roman Le beau monde, de Laure Mi Hyun Croset

J’avais lu il y a quelque temps un recueil de nouvelles (« Les Velléitaires ») dans lequel Laure Mi Hyun Croset nous faisait entrer d’une plume acérée mais non dépourvue d’humour dans un monde de jeunes bourgeois paumés. C’est avec une certaine jubilation que j’ai ouvert son premier roman «  Le beau monde » en anticipant ce que pourrait être ce beau monde si le regard porté sur lui était de la même veine. Et je n’ai pas été déçu !

L’auteur est parti d’une excellente idée : un mariage dans la haute bourgeoisie où tout est prêt, parfaitement orchestré. Mais Louise, la mariée, ne vient pas, elle a disparu, on ne sait où !. Et là les conversations entre notables et vieille noblesse du cru vont aller bon train. Pensez ! Quoi de plus réjouissant que d’assister à la débâcle de l’un d’entre eux ! Après l’échange de quelques ragots, on s’en lasse vite, chaque convive va tenter de briller sur le dos de cette « pauvre » Louise qu’ils ont connu dans leur jeune âge. « Elle vient de loin » vous savez, « je la comprends, on ne  passe pas impunément de la fange à l’or des châteaux ! » , chacun d’eux tentant de convaincre l’auditoire que si cette malheureuse fille était devenue un modèle de raffinement et de bon goût, c’était bien grâce à leur immense talent personnel et à leur haut mérite. Les parents de l’infortuné futur marié ayant décidé de laisser les agapes se dérouler comme prévu, (surtout ne rien laisser perdre !), les groupes se défont et se recomposent au fil de la journée, ce qui nous régale de divers portraits plus savoureux les uns que les autres.

Laure Mi Hyun Croset dresse ici un tableau cruel d’une société certes caricaturale et quelque peu surannée, mais que l’on peut encore croiser. C’est talentueux, d’une écriture riche et légère à la fois, très drôle avec une langue qui colle bien au milieu, un bon bouquin !

Laure Mi Hyun Croset, Le beau monde, roman, Editions Albin Michel, 2018, 199 pages.

C. de Rouffignac rédacteur au magazine Lumières en Arts