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The Assassin

054480Un film de :
Hou Hsiao-Hsien (Les Fleurs de Shanghai – Café Lumière)
Avec :
Shu Qi (La Perle Rare – Tai Chi)
Chang Chen (Silk – Souffle)
Yun Zhou (Le soleil se lève aussi – Bodyguards & Assassins)
Durée : 1h45
Distributeur : Ad Vitam
Au cinéma : 9 mars 2016

Nous sommes en Chine, au 9ème siècle. La province de Weibo fait partie de l’Empire. Elle a acquis une certaine autonomie qui la soustrait de la domination de la Cour Impériale. Nie Yinniang, une jeune fille née dans la province, a vu son éducation confiée à une nonne qui en fait une experte en arts martiaux. La nonne lui confie une mission : éliminer les traitres qui font sécession. Tian Ji’an, le nouveau gouverneur de la province de Weibo, décide de s’opposer à l’Empereur. Nie Yinniang revient dans sa province natale pour tuer ce dissident qui n’est autre que son cousin. Elle devait l’épouser le moment venu. Va-t-elle assassiner celui dont elle est toujours amoureuse, ou obéir aux ordres et accomplir sa mission ?

La mise en scène est époustouflante. Chaque scène, construite comme un tableau où chaque élément, décor ou costume, d’une recherche inouïe, d’une beauté absolue, transcende la composition. Une caméra fixe, pas de gros plans, une lenteur calculée, des visages souvent inexpressifs, créent une atmosphère étrange, qui peut agir si on se laisse emporter. Cette immobilité est parfois traversée par une fulgurance, un combat sauvage, brutal, les sabres étincellent, les lames s’entrechoquent, la fureur se déchaîne, puis tout cesse, le calme revient tout aussi brusquement.

Que dire des extérieurs ? Sublimes eux aussi, de véritables toiles romantiques du 18 ème siècle ! L’esthétisme de ce film nous fait parfois quelque peu oublier l’histoire, au demeurant pas toujours aisée à suivre dans le détail, mais l’histoire n’est pas l’essentiel ici.

The Assassins a reçu le Prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2015, et le Prix du Meilleur film, du Meilleur réalisateur, de la Meilleure photographie, des Meilleurs costumes et maquillage et des Meilleurs effets sonores au Golden Horse Film Festival and Awards, ainsi que des très nombreuses nominations dont une aux Oscars pour le meilleur Film Etranger.

Grandiose !

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Le réalisateur Hou Hsiao-Hsien retrouve son actrice fétiche Shu Qi dans une ode culturelle à la Chine ancienne, déclaration d’amour au genre Wu Xia Pian. Le style wuxia littéralement « héros-guerrier » met en scène des chevaliers errants dont le sens aiguisé de la justice n’a d’égal que le tranchant de leurs armes. Apparu en tant qu’oeuvre littéraire sous la dynastie Tang (618-907) époque où se situe l’action du film, il reconnait un regain dans le cinéma des années 60 pour concurrencer le genre chambara propre au Japon. À l’instar de ces derniers, les wuxia ne sont pas des films d’actions. Le travail d’écriture, les décors, la psychologie des personnages, les enjeux politique, la lenteur et la beauté intrinsèque sont autant d’éléments parfaitement maîtrisés par Hou Hsiao-Hsien dans son « The Assassin ».

Une princesse captura un magnifique oiseau bleu et le mis dans une cage. Sans compagnie, l’oiseau ne chante pas. Elle eu l’idée de mettre un miroir dans la cage. Le subterfuge réussit. L’oiseau se met à chanter. Il chante alors pendant quatre jours et quatre nuits pour exprimer sa tristesse, sa solitude, ses rêves de liberté. Et il meurt… Conte chinois 

 

Christian de Rouffignac, Léa Berroche et Julien Joanny

Fleuron



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