Mourir peut attendre

Genre: Espionnage
Pays: USA
Durée: 2h43
Réalisateur : Cary Joji Fukunaga

Acteurs: Daniel Craig, Rami Malek, Léa Seydoux
James Bond, retiré des services secrets de Sa Majesté, coule des jours heureux en compagnie
de Madeleine Swann dans un petit village d’Italie. Il décide enfin de faire table rase du passé
en se rendant sur la tombe de Vesper Lynd. Le passé ne s’efface pas si facilement et se
rappelle à vous parfois d’une étrange façon. Les secrets cachés refont surface et Madeleine
devra, elle aussi, s’émanciper de son passé. Le recueillement de Bond est troublé par une
explosion et l’attaque d’ennemis surgis du passé. On n’échappe pas à son destin et notre
homme devra de nouveau affronter ses démons. Se pensant trahi par Madeleine, il se réfugie
sur une petite île de la Jamaïque. Cinq années passent comme un vol d’oies migratrices et de
nouveau, la pendule des temps anciens lance son tic tac. Un scientifique russe du MI6, Valdo
Obruchev, est kidnappé par des ennemis impitoyables de la Couronne. Ils menacent le monde
d’un nouveau virus qui cible ses victimes grâce à leur ADN. En test, ils rayent de la carte une
bonne partie du Spectre en réunion secrète. C’est là que Félix Leiter sollicite l’aide de son ami
qui se lance de nouveau sur la piste du mal, en compagnie de Paloma, agent de la CIA, pour
sauver le monde. Il croise la route d’un nouvel agent 007, Nomi, une jeune femme qui n’a pas
froid aux yeux. Bond ne peut plus reculer. Il doit reprendre du service. La menace n’implique
pas que la face du monde mais notre 007, personnellement. Cette fois il ne peut échouer,
mourir peut attendre.
Le dernier James Bond divise les anciens fans et les nouveaux, même si nous retrouvons le
cahier des charges habituel. C’est une affaire de regard, me direz-vous. Sean Connery, refusé
au départ par Ian Fleming, construit un personnage qui enthousiasme l’écrivain. A tel point
qu’il modifie les romans suivants pour leur donner un petit air écossais. Nourris dès notre
enfance par cette figure qui appartient à une époque révolue, celle de l’après-guerre, c’est
celle que mai 68, Me Too et l’époque actuelle changeront. Bond c’était la classe, le charme,
l’humour, le fauve sans regret, capable de tuer sans sourciller, de boire, fumer, et d’aimer
avec passion avant de vous oublier. Bond c’était le monde menacé et des gadgets pas toujours
au top qui forçaient notre homme à être inventif. A noter, dans les romans, il refuse souvent
son rôle de tueur. Les acteurs suivants ne seront jamais à la hauteur de celui qui l’enfanta.
Pour la première fois, indépendamment du côté fauve, Daniel Craig développe un autre aspect
de Bond. C’est un espion fragile, qui souffre, avec des blessures, plus noir, dans la lignée des
Batman et autres. L’époque change. Les chevaliers blancs, les héros ne sont plus de mise. Les
ténèbres enfantent nos sauveurs. Batman n’y échappe pas, comme Bond. Daniel Craig bâtit
une saga, allant du matricule 007 dans le premier Casino Royale, se poursuit avec Quantum of
Solace. Dans Skyfall il affronte son âme noire incarnée par Javier Bardem, renoue avec son
enfance avec l’ombre du Spectre en arrière-plan. C’est pour moi le meilleur des Daniel Craig.
Les films se suivent, construisant pour la première fois une saga (aussi appelée arc) dans la
saga des 25 films. Elle s’achève avec Spectre et Mourir peut attendre avec l’apparition de
Madeleine et d’Ernst Stavro Blofeld. Elle prend pour base certains des romans et pour Skyfall,
des éléments glanés ici et là. Dans ce dernier volet, le personnage de Bond peut paraître

complètement différent de son image des années soixante. La statue se fragilise, l’homme est
las de la mort et aspire à la paix du foyer. L’Amérique place son obsession depuis les débuts
du cinéma, la famille. C’est bien elle qui motive le retour de notre espion préféré, que ce soit
celle que l’on a, celle qu’on se construit, ou celle qui se trouve sur le chemin de la vie. Je n’en
dévoilerai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir des rebondissements. Les scènes d’action sont
toujours aussi impressionnantes, comme cette moto à l’exploit impossible au début. Les
figures de la série s’invitent parfois en clin d’œil. Bond se réfugie sur une île de la Jamaïque
hommage au Dr No donc à Ian Fleming et Sean Connery. C’est ensuite un ensemble de
références à George Lazenby, Pierce Brosman, en passant par Roger Moore, Timothy Dalton,
à travers les répliques et les lieux. La figure du méchant interprété par Rami Malek nous
semble un peu fade en regard de ses prédécesseurs. C’est la faute au scénario, alors que son
entrée en matière était bien plus inquiétante. Le tout tient la route et nous propose un film
crépusculaire comme le dit un de mes collègues critiques. Nous retrouvons l’esprit du
réalisateur, ce mélange choc de personnages creusés en profondeur déjà présent dans son
premier film Sin Nombre, prix du jury du 35 e Festival du cinéma américain de Deauville en
2009. Il annonce un temps nouveau. Le matricule peut être porté par n’importe qui. C’est une
question d’ouverture d’esprit et d’époque. Notre temps s’achève. Nous devrons nous effacer,
devenir l’armée de l’ombre ! Place à la nouvelle génération, plus humaine, plus torturée. C’est
peut-être la peur de mourir qui nous fait rejeter ce changement profond. Daniel Craig nous
semblait un bon compromis comparé à Sean Connery. Il n’endossait pas le costume comme
les autres. Il apportait une autre facette et c’est bien celle-ci qui apparaît à égalité avec
l’action. Il faudra bien accepter qu’aujourd’hui, les vieux, ce soit nous ! Pour ma part, j’aime
bien la forme que prend cette saga à revoir dans son ensemble, car chaque film, bon ou
mauvais, est une pierre à l’édifice final. La saison Daniel Craig s’achève avec brio mais je ne
vous en dis pas plus. « Bond reviendra »

Patrick Van Langhenhoven

Fiche technique
Titre original : No Time To Die
Titre francophone : Mourir peut attendre
Réalisation : Cary Joji Fukunaga
Scénario : Cary Joji Fukunaga, Neal Purvis, Robert Wade et Phoebe Waller-Bridge
Décors : Mark Tildesley
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Elliot Graham et Tom Cross
Musique : Hans Zimmer
Chanson du générique : No Time to Die interprétée par Billie Eilish, arrangements
orchestraux de Hans Zimmer et Matt Dunkley
Musique additionnelle : Steve Mazzaro et Steven Doar
Production : Barbara Broccoli et Michael G. Wilson
Production associée : Gregg Wilson
Production déléguée : Chris Brigham
Coproduction : Andrew Noakes
Sociétés de production : EON Productions et MGM
Sociétés de distribution : Universal Pictures (international), MGM (États-Unis) sous la
bannière United Artists Releasing
Budget : 250 millions de dollars