Le Pharaon, un navire de commerce rentre au port de Marseille les cales pleines. Le jeune
second, Edmond Dantès, est mis à fond de cale par le capitaine Danglars, violent comme une
teigne. Il lui reproche d’avoir sauvé une jeune femme en pleine tempête, au risque de mettre
le navire en péril. Morrel, l’armateur, ne s’y trompe point, en saluant la noblesse de cœur
d’Edmond. Danglars est congédié et Edmond devient le nouveau capitaine, de quoi attiser la
jalousie des uns et des autres. Il peut épouser la belle Mercédès, avec un avenir prometteur
pour le jeune couple. Le jour du mariage, une compagnie de gendarmes arrête notre pauvre
Edmond pour trahison et complot contre le régime en place. Tout ceci n’est que jalousie.
Danglars, Fernand et le procureur Villefort s’entendent à merveille pour monter de toutes
pièces ce micmac conduisant le jeune homme en prison. Peu à peu, Edmond comprend qu’il
ne sortira jamais des geôles du château d’If. Il finit par se lier d’amitié, dans la peine, avec un
prisonnier, l’Abbé Faria. Ils sont bien décidés à creuser un tunnel comme dans La grande
évasion. Edmond profite de la mort de l’abbé pour s’enfuir et récupérer un fabuleux trésor
dissimulé sur l’île de Monte-Cristo. Le temps de la vengeance est venu. Elle s’accomplira en
compagnie de quelques complices, trahis comme lui par Danglars, Villefort et Fernand. Ces
derniers ignorent que le comte de Monte-Cristo n’est autre qu’Edmond Dantès porté par un
sentiment qui le ronge de l’intérieur, la vengeance. Il est bien décidé à la mener à terme, coûte
que coûte.

Après Les trois Mousquetaires, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte adaptent et
réalisent un autre roman de Dumas Le Comte de Monte-Cristo. C’est une réalisation soignée,
dans la veine du cinéma d’aventures de Denys de La Patellière, André Hunebelle, Bernard
Borderie, Henri Decoin, etc. Les deux réalisateurs semblent parfois s’inspirer des gravures de
l’époque, comme cette belle scène de Mercédès attendant son marin face à l’océan. Denys de
La Patellière, le père d’Alexandre, réalise en 1980 une série télévisée à succès tirée du roman.
Le cinéma s’empare de celui-ci, dès 1908 jusqu’à nos jours et demain. Comme pour Les trois
Mousquetaires, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte effectuent quelques
changements, parfois majeurs et pas forcément nécessaires. Par exemple, Danglars passe de
comptable à capitaine de navire et négrier, un bébé à la destinée tragique, etc. Nous regrettons
le duel final qui n’appartient pas à l’œuvre de Dumas mais à une version cinématographique
avec Jean Marais.

Il reste quelques scènes mémorables et bien construites, comme le diner, version fantastique.
Claude Aziza, spécialiste de l’œuvre d’Alexandre Dumas, dans sa préface au Comte de
Monte-Cristo nous dit. « C’est le récit de la vengeance d’un homme trahi par ses amis, jaloux
de son bonheur et par un homme de loi qui veut protéger sa situation sociale. Pour la genèse
du récit, Dumas nous dit : « J’avais depuis longtemps fait une corne, dans La Police dévoilée
(1838) de Jacques Peuchet, à une anecdote d’une vingtaine de pages, intitulée Le diamant et la
vengeance. Tel que cela était, c’était tout simplement idiot ; si l’on en doute, on peut le lire. Il
n’en est pas moins vrai qu’au fond de cette huître, il y avait une perle. » Le reste relève du
génie littéraire de l’auteur, transformant cette trame simpliste en une œuvre majeure de la

littérature. « Les trois Mousquetaires sont un hymne à la lumière, la joie, et la vie. Le Comte
de Monte-Cristo est un requiem à la nuit, au chagrin et à la mort. » Claude Aziza.
Il est le précurseur d’un genre littéraire, le juste persécuté et victime d’une erreur judiciaire. Il
mélange les styles, policier, romance, aventure, vengeance… C’est un poème à la mer
qu’aimait Alexandre Dumas. Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte exploraient le
côté sombre d’Athos et de Milady dans Les trois Mousquetaires. Ils se contentent de la trame
de la vengeance pour le Comte de Monte-Cristo, oubliant la romance et surtout le requiem, la
nuit sombre d’une âme meurtrie, emportée par la vengeance. Ils redonnent un coup de jeune
au récit, plus tourné vers l’aventure et le jeu des identités, comme dans Vidocq. C’est une
suite de péripéties qui ne sont pas déplaisantes mais manquent de panache. La jeune
génération endosse la peau des personnages sans vraiment bouleverser leur nature profonde,
dans l’esprit du cinéma populaire de qualité d’autrefois. Il reste une belle épopée, portée par la
vengeance. Nous aurions aimé un peu plus un requiem qu’un concerto.


Fiche technique


Titre original : Le Comte de Monte-Cristo
Réalisation : Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte
Scénario : Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, d’après Le Comte de Monte-Cristo
d’Alexandre Dumas
Musique : Jérôme Rebotier
Direction artistique : Patrick Schmitt
Décors : Stéphane Taillasson
Costumes : Thierry Delettre
Photographie : Nicolas Bolduc
Son : David Rit
Montage : Célia Lafitedupont
Production : Dimitri Rassam
Sociétés de production : Chapter 2 et Pathé Films, en coproduction avec Fargo Films et M6 Films
Sociétés de distribution : Pathé Distribution (France) ; Sphère Films (Québec)
Budget : 43 millions d’euros
Format : couleur
Pays de production : France
Langue originale : français
Genre : action, aventure, cape et d’épée, drame, historique

Durée : 178 minutes
Dates de sortie : 22 mai 2024 (Festival de Cannes) 28 juin 2024 (sortie nationale)

Distribution
Pierre Niney : Edmond Dantès / le Comte de Monte-Cristo
Bastien Bouillon : Fernand de Morcerf
Anaïs Demoustier : Mercédès de Morcerf
Anamaria Vartolomei : Haydée
Laurent Lafitte : Gérard de Villefort, le procureur
Pierfrancesco Favino : l’abbé Faria
Patrick Mille : le baron Danglars
Vassili Schneider : Albert de Morcerf
Julien de Saint Jean : Andréa Cavalcanti
Julie de Bona : Victoria
Adèle Simphal : Angèle
Stéphane Varupenne : Caderousse
Oscar Lesage : Maximilien Morrel
Marie Narbonne : Eugénie Danglars
Bruno Raffaelli : l’armateur Morrel, père de Maximilien
Abdé Maziane : Jacopo
Françoise Gazio : Yvonne
Axel Baille : le serviteur du baron Danglars
Lily Dupont : Suzanne
Olivier Le Montagner

A lire également

Laisser un commentaire