La route défile au cœur des montagnes majestueuses, éternelles. Le temps coule, appelant les
souvenirs d’hier au cœur d’aujourd’hui. Dans la voiture, une femme et un petit garçon brisent
le silence dans un phrasé particulier. On comprend qu’elle rejoint sa famille, perchée dans les
alpages dans un petit chalet, pour une célébration importante. C’est l’occasion de raviver la
mémoire, de jouer la symphonie des souvenirs dans ces paysages ancestraux. La jeune femme
possède un don, un handicap qui a changé sa vie. Les images d’enfance, d’adolescence, des
moments cruciaux de l’existence, nous racontent le parcours particulier de Manon. Bien plus
que de composer avec ce handicap, elle a su vivre autrement, briser les tabous pour se
construire, portée par sa volonté exceptionnelle, comme un phare qui éclairerait la nuit. Nous
découvrons comment la petite fille munie de ses appareils auditifs est devenue la femme
volontaire, kinésithérapeute, pilote d’avion en faisant tomber les barrières et les idées reçues.
Dans ce bonheur, il reste une blessure pour toute la famille, la mort de son petit frère Maxim,
sourd comme elle. C’est cet anniversaire que vient fêter la famille.

À un moment du film, Mathéo, le fils de Manon, a cette phrase qui résume toute cette histoire.
« Elle n’entend pas la moto ». Il ne souligne pas un handicap mais simplement un fait. Nous
non plus, nous n’entendons pas la moto. C’est peut-être une métaphore du rapport que nous
avons vis-à-vis du handicap, nous ne l’entendons pas et ne le voyons pas. Manon n’a jamais
considéré cette spécificité comme une barrière qui l’empêcherait de se construire comme
toutes les jeunes filles de son âge. C’est ce que les images de la famille de Dominique
Fischbacha, les mots, le silence des paysages aux horizons enchanteurs, vont nous dire tout au
long de ce voyage. Il résonne encore dans notre esprit car la parole n’est pas absente mais
mesurée, en joueuse libre, comme un torrent descendant de la montagne jusqu’à nous. La
caméra saisit cette réunion dans son intimité, mélangeant les images de l’enfance, de Maxim,
de leur grande sœur Barbara entendante, des parents. C’est un voyage universel qui nous
raconte bien plus que la surdité et la difficulté de s’inscrire dans la société.
Cette histoire touche chacun d’entre nous. Elle nous montre un chemin pour franchir les
difficultés de la vie en général sans jamais abandonner. Manon, de l’enfance à aujourd’hui,
n’est que sourire et joie, confiante en l’avenir. Elle peut compter sur ses parents, sa grande
sœur qui la soutient, personne ne pointe jamais du doigt le handicap. C’est un film de la
parole et du cœur, mais aussi de la douleur et de la perte d’un être cher. À l’opposé de cette
résilience se situe Maxim qui, lui, ne supportera pas cette surdité qui le met à part. C’est à
l’âge de douze ans que Dominique Fischbacha découvre Manon et décide de la suivre à
travers quelques courts-métrages. Elle est bien plus qu’un témoin. Elle réussit le tour de force
de saisir, au-delà de la parole, l’âme de cette famille et de Manon. Le passé répond au présent

dans un écho qui se perd dans les paysages qui marquent chaque évolution à travers les
saisons.
La vie ordinaire se fond dans cette histoire extraordinaire, les champs, les montagnes
s’élançant vers le ciel. Des tracteurs passent au loin, dans un instant paisible, qu’elle
immortalise. Cette histoire devient universelle. Elle nous appelle à regarder, à considérer
l’autre autrement, à l’inscrire dans le vivant, dans le champ de la société. Le documentaire
s’inscrit dans un genre particulier, celui d’une caméra invisible qui saisit l’instant tout en
donnant sens à l’essentiel. C’est un exercice de montage fort qui demande de s’effacer pour
laisser le sujet prendre vie et nous raconter une histoire. Elle nous montre que nos existences
sont bien plus extraordinaires que nous le pensons. C’est notre coup de cœur, pas seulement
parce que je me reconnais dans cette histoire, ayant eu un père handicapé, mais parce qu’elle
est un encouragement pour affronter l’impossible.


Fiche technique
Réalisatrice : Dominique FISCHBACH
Auteure : Dominique FISCHBACH
Image : Philippe GUILBERT
Montage : Anouk ZIVY
Assistant Montage : Matéo BROSSAUD
Son : Denis GUILHEM
Monteurs Son : Patrice GRISOLET Mikaël NABETH
Mixeur : Maxime ROY
Compositeur de la musique originale : Laurent GANEM
Mixeur musique : Thierry LEBON
Producteurs : Corentin DONG-JIN SENECHAL, Daniel CHABANNES DE
SARSProductrice associée : Dominique FISCHBACH
Distribution France : EPICENTRE FILMS
Mécènes : Yann Leca, Acceo-Tadeo, Groupe Lourmel, société Bontaz,Maison Départementale
des Personnes Handicapées de la Haute Savoie,Fondation Écouter Voir, Fonds de dotation
Abilitis,Communauté de communes Gally Mauldre, Groupe UEM,Commune de Bazemont,
Régine WelschAvec le soutien du Centre National du Cinéma et de l’Image Animéeet de la
Région Ile-de-France en partenariat avec le CNCen association avec LA BANQUE
POSTALE IMAGE 19 sous le haut patronage du Ministère Chargé de l’Autonomie et du
Handicap
en partenariat avec L’Association Nationale pour l’Audition,La Fondation pour l’Audition,
France Acouphènes
Le film a été tourné sur le plateau de Solaison dans le Massif des Bornes en Haute-Savoie, à
l’aérodrome de Megève et dans la Région Île de France.
Date de sortie : 10 décembre 2025

FICHE ARTISTIQUE
MANON
SYLVIE, sa mère
LAURENT, son père
BARBARA, sa soeur ainée
MAXIME, son petit frère
MATHÉO, son fils
ANTHONY, son compagnon


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