« On veut tous appartenir à un groupe. On est rejeté partout, mais là, on est ensemble » The
Bikeriders.
Jeff Nichols construit depuis son premier film une œuvre particulière, à l’image de ces
motards entre mythe et réalité. La mise en scène a souvent le goût du vieux cinéma
d’Hollywood justement, comme Easy Rider, L’équipée sauvage, référence ultime sur le
monde des motards. L’esprit de rébellion, de liberté, frôlant l’anarchie pour mieux se
reconstruire n’est jamais bien loin. Il se retrouve dans les dialogues et les désirs de ces
hommes affrontant l’impossible, une tempête, une envie de liberté, le racisme. Ils finissent par
se ranger, trouver auprès des femmes, toujours plus fortes, un semblant de sérénité dans une
vie bien ordonnée. Ils sont souvent dans le passé, portés par un idéal proche du mythe. Les
femmes savent que tout ceci n’est qu’un jeu d’enfant, que la vie est bien moins excitante mais
que c’est la vie. Ceux qui résistent finissent par mordre la poussière, perdus dans les limbes,
morts, abandonnés à l’oubli.

Jeff Nichols s’est inspiré d’un livre de photos sur ces motards de l’infini, reprenant parfois des
poses mythiques. Le récit s’achève avec les jeunes motards qui transformeront leurs réunions
viriles en un gang de trafiquants, prêts au meurtre. C’est la fin d’une époque sans nostalgie. Il
s’agit juste de rendre compte d’un état d’esprit que le temps a laminé pour le transformer en
mythe. L’idéal de la famille n’est jamais bien loin dans l’œuvre du réalisateur, comme une
quête impossible. Les hommes sont à l’image de Johnny, remplis de convictions, prêts à les
défendre et les transmettre. Ils regrettent sans doute, dans une des plus belles scènes, que
Benny refuse ce lourd fardeau. Ils sont à l’image de ces cowboys que rien ne retient, toujours
prêts à repousser les limites. Ils s’inscrivent, comme les autres, dans une galerie mythique que
l’on a plaisir à retrouver. Nous comprenons que tout ceci n’est qu’un rêve, que la réalité est
bien plus terrible et sans concession.

A l’image de la vie, elle ne pardonne rien aux rêveurs d’absolu. Chaque personnage possède
un rôle bien défini, raconter l’histoire pour Kathy comme un moment perdu à retrouver au
grenier de la mémoire. Défilent des figures oubliées d’un temps plus ancien et révolu, le
motard bohême, Benny entre Rimbaud et James Dean, le chef de bande, Johnny, le
journaliste, les vieux motards, etc. Jeff Nichols saisit une fois de plus un morceau de cette
Amérique profonde des marginaux, ici le Midwest, région plate de passage. Certaines figures
peuvent apparaître banales et sans relief, comme le journaliste et Kathy, juste utilitaire, et
d’autres semblant appartenir au passé comme Johnny, Benny et les autres motards. Le film
prend la forme d’une vieille boite exhumée du grenier qui, tout à coup, nous rappelle que nos
parents, grands-parents ont eu un jour une autre vie.


Fiche technique
Titre original : The Bikeriders
Titre québécois : Les motards
Réalisation et scénario : Jeff Nichols
Musique : David Wingo
Direction artistique : Matthew Gatlin
Décors : Chad Keith
Costumes : Erin Benach
Montage : Julie Monroe
Photographie : Adam Stone
Production : Sarah Green, Brian Kavanaugh-Jones et Jeff Nichols
Production déléguée : Fred Berger
Sociétés de production : New Regency Productions et Tri-State Pictures
Distribution : Focus Features
Pays de production : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : policier, road movie, drame
Durée : 116 minutes
Dates de sortie : 19 juin 2024
Classification : Tout public avec avertissement
Distribution
Jodie Comer : Kathy
Austin Butler (VF : Kévin Goffette) : Benny

Tom Hardy (VF : Jérémie Covillault) : Johnny
Michael Shannon (VF : Emmanuel Gradi) : Zipco
Mike Faist : Danny Lyon
Norman Reedus (VF : Emmanuel Karsen) : Funny Sonny
Boyd Holbrook : Cal
Damon Herriman : Brucie
Beau Knapp : Wahoo
Emory Cohen : Cockroach
Karl Glusman : Corky
Toby Wallace : The Kid
Happy Anderson (VF : Serge Biavan) : Big Jack
Source et légende : version française

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