Nouvelles : Les velléitaires de Laure Mi Hyun Croset

Laure Mi Hyun Croset, Les velléitaires, 128 pages, Editions Luce Wilquin, 2010

Attablé devant une coupe de glace à la pistache, j’observais d’un œil distrait cette assemblée qui participait à ce cocktail où j’avais été invité. Arrivant de je ne sais où, un livre échoua sur ma table. Je me mis à le feuilleter d’un doigt paresseux. Son titre me disait quelque chose : « Les velléitaires ». Je me suis souvenu d’en avoir entendu parler. « Un petit bijou » disait le journaliste. Parcourant au hasard quelques lignes, je fus attiré par la construction simple et dépouillée des phrases. Pas de littérature. Son style alerte, très moderne, me donna d’emblée l’envie de poursuivre. J’en fis part à ma voisine. Peu après, levant les yeux, je vis devant moi une jeune femme aux traits asiatiques, séduisante, d’une élégance discrète « Je suis Laure, l’auteure de ce recueil de nouvelles». Elle me dit être née à Séoul et vivre actuellement à Genève où elle a étudié la littérature française et l’histoire de l’Art. Elle m’offrit son livre en y ajoutant une amicale dédicace.

De retour chez moi, je me mis à entrer dans ce petit monde rassemblant une vingtaine de personnages qui nous livrent tout de go, en autant de courtes histoires, une brève tranche de leur vie. On y croise des gens souvent issus d’un milieu aisé, cultivés, parfois très entourés, d’autres fois rongés par la solitude, quêtant désespérément par le biais de leur ordinateur une accroche sur un site de rencontre. Plutôt jeunes, souvent angoissés, souvent paumés, en mal de vivre même lorsqu’ils se déclarent heureux, ils cherchent en vaines tentatives la sortie du labyrinthe de leur existence, où chaque voie finit par aboutir inexorablement à une impasse ou tomber dans le vide.

Cet ouvrage se lit avec plaisir grâce à la fluidité du style de Laure Mi Hyun Croset et à son humour. Cette double qualité adoucit le tableau mordant et même parfois cruel de cette société de jeunes bourgeois qui divaguent dans leur vie à la recherche d’on ne sait quoi. Peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes…

Ps : Une mention tout à fait spéciale pour le titre particulièrement bien choisi de l’ouvrage.

Christian de Rouffignac



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